L’Eglise internationale du Christ
L’Eglise internationale du Christ s’est appelée successivement Eglise du Christ de Boston, puis de Paris, puis de Lyon, etc... à mesure qu’elle s’implantait dans ces villes avant de se fixer sur ce titre d’Eglise internationale.
Elle est née en 1979 à Boston, aux USA, d’une scission avec “l’Eglise du Christ” (une Fédération de paroisses évangéliques fondée au début du 19e siècle) sous l’impulsion de Kif Mc KEAN, un ancien pasteur de cette Eglise. Sa progression est très rapide et elle essaime d’abord dans l’est des Etats Unis avant de gagner l’Asie, l’Afrique et l’Europe.
En 1986, elle est présente à Paris où elle lance, trois ans plus tard, la campagne “Lumière pour la ville Lumière” avec d’assez gros moyens financiers. Pour les assemblées, la prédication et le culte, elle loue successivement théâtres et salles de cinéma comme le théâtre Herbertot, Mogador, le Rex, etc...
En 1992, implantation à Lyon successivement dans les salons de deux hôtels de la ville et de l’Espace Tête d’Or. Pour eux, en effet, pas d’église, ni de temple à l’imitation de Jésus qui parlait au milieu des hommes de son temps. A la même époque d’autres Eglises sont fondées à Toulouse, à Marseille.
Des Evangéliques..
L’Eglise internationale du Christ est issue du courant évangélique et en garde certains caractères : par exemple, l’invitation pressante à la conversion personnelle, l’autorité de l’Ecriture, le zèle évangélisateur, l’autonomie de chaque Eglise particulière. Mais, à la différence des Eglises évangéliques, ses membres ne se contentent pas de la communion de Foi entre Eglises particulières. Leurs missionnaires doivent se former dans l’Eglise d’Orlando (USA) et y reviennent à espaces réguliers pour vérifier leur foi.
... mais différents.
En fait, cette Eglise est isolée des autres Eglises évangéliques avec lesquelles elle ne doit pas être confondue.
Elle n’appartient ni à la Fédération Evangélique de France, ni à la Fédération des Eglises réformées. Aux USA, elle est contestée et s’est séparée dès 1979 des autres “Eglises du Christ” ainsi que des “Eglises du Réveil” de type pentecôtiste. Un fait significatif : l’Université de Boston qui accepte sur son Campus les réunions de toutes natures lui en a interdit l’accès.
Le public visé par l’Eglise internationale du Christ, c’est prioritairement les jeunes (20-30 ans) et en particulier le monde étudiant, mais aussi les jeunes cadres ou techniciens déjà au travail. C’est donc une Eglise de jeunes avec toute la chaleur, l’enthousiasme que cela suppose, qui contraste avec les Eglises Chrétiennes “tout public”.
Mais la cible est plus large : c’est le monde entier qui est concerné et il faut faire vite car la fin des temps est proche.
Le succès de l’Eglise internationale du Christ est réel et rapide en raison de son dynamisme et de son esprit de conquête. On s’accorde actuellement pour dire que l’indice de progression de ce groupe religieux est le plus fort que l’on connaisse dans les pays où il est implanté.
Les deux visages de cette Eglise :
1 - Une face sympathique et séduisante, d’abord par l’extraordinaire convivialité qui émane de ses assemblées, mais aussi par les contacts chaleureux qu’établissent les jeunes adeptes avec ceux qu’ils abordent dans la rue, à l’entrée des facs et des campus. L’accent est mis fortement sur les relations interpersonnelles. Chacun est l’objet d’une attention fraternelle suivie d’une invitation pressante à une prochaine rencontre. On passe ainsi facilement du relationnel au fusionnel, au risque de perdre une bonne partie de sa liberté intérieure. A noter que dans leurs assemblées, on ne pratique ni le parler en langues, ni la prophétie, ni la guérison.
On est aussi facilement séduit par leur proclamation exigeante de la Parole de Dieu, l’attention passionnée qu’elle suscite et la ferveur qui se dégage de la prière commune. Les prédications sont très longues, mais vivantes et jalonnées par les interventions encourageantes et approbatrices de l’assemblée. A noter toutefois que leur lecture de la Bible est parfois plus une justification de leur théologie qu’elle n’en est la source. L’utilisation de petits versets bibliques détachés de leur contexte leur permet d’apporter des réponses pratiques à leur questionnement spirituel ou moral.
Ils attendent le retour du Christ comme proche ce qui explique leur militantisme (le temps presse), leur refus du monde qui va disparaître et leur désintérêt pour tout ce qui est collectif ou politique.
2 - A côté de cet aspect globalement sympathique et attirant parce que fraternel et convivial, il y a l’autre face qui n’apparaît pas au premier abord et qui donne à l’Eglise internationale du Christ les caractéristiques d’un groupe inquiétant :
- le refus des autres chrétiens voués à la damnation et des groupes religieux autres qu’eux-mêmes. Les Eglises chrétiennes sont violemment attaquées. Eux seuls détiennent la vérité et prêchent le Christ authentique.
- l’obligation de rendement dans le recrutement des nouveaux disciples. Celui qui donne son adresse ou son numéro de téléphone est relancé sans cesse par des visites, des coups de fil, des lettres de la part des membres du groupe et, en particulier, du “parrain” ou “ marraine” qu’on lui a attribué. Les étudiants qui viennent de loin et souffrent de solitude constituent une cible toute indiquée.
L’accaparement du temps : On retrouve là une tactique très utilisée dans les sectes, par exemple chez les Témoins de Jéhovah. Il s’agit d’occuper tout le temps disponible chez les nouvelles recrues. Il y a le culte du dimanche, de 9h30 à midi, les réunions de préparation, la rencontre de formation du mercredi, la discussion du vendredi soir en prenant bien soin d’éviter tout projet avec des non chrétiens. Pour renforcer cette tendance à demeurer “entre soi”, l’Eglise a acheté ou loué des appartements où plusieurs jeunes peuvent loger, en mêlant bien sûr, adeptes convaincus et simples sympathisants.
Les études ne doivent, en aucun cas, concurrencer les activités de l’Eglise. “L’étudiant chrétien” document édité par cette Eglise met en garde : “Choisissez pour vos études celles qui peuvent être utiles à votre Eglise...Si vous êtes recalé à la session de juin, ne préparez pas la session de septembre...Pendant les vacances l’Eglise a besoin de vous”.
Le développement d’un fort sentiment de culpabilité entretenu à partir de trois exigences
constamment rappelées :
• L’assiduité au culte et aux diverses rencontres qui jalonnent la semaine. Et là, on voit bien le revers de la médaille à la charge affective excessive qui régit les rapports humains au sein du groupe.
• Le recrutement des nouveaux adeptes toujours difficile et souvent infructueux alors qu’on est soumis à une obligation de rendement.
• La peur de la damnation si on ne se comporte pas en vrai disciple de l’Eglise ou si on a le projet s’en éloigner.
Le responsable de la branche française, Brian SCANLON en a parlé en ces termes d’après le témoignage d’un ancien adepte rapporté par le journal suisse Le Matin du 29/01/98 : “La culpabilité nourrit et entretient la peur du diable et de l’enfer. Si l’homme venait à ne plus avoir peur du démon, il ne s’intéresserait plus à la Bible. La culpabilité est la clé de voûte de notre entreprise”.
Voilà quatre dérives qui qualifient l’Eglise internationale du Christ et qui suffisent à mettre en garde d’autant plus que son pouvoir de séduction est grand et son impact important chez les jeunes et en particulier en milieu étudiant déraciné.
Le rapport parlementaire sur les sectes de janvier 1996 (rapport GEST-GUYARD) a tranché, pour ce qui le concerne, en classant “L’Eglise du Christ internationale en France” dans sa liste des sectes répertoriées, catégorie “Mouvements sectaires de 500 à 2000 adeptes”.
Il faut bien s’entendre sur la signification du mot “secte”. Dans le langage courant, on n’appelle plus “sectes” les groupes qui se sont séparés d’une tradition religieuse ou qui ont suivi un maître jugé déviant, mais les groupes reconnus comme dangereux pour l’individu et pour la société.
Nous sommes, certes, invités à vivre le pluralisme religieux et à ne pas qualifier de “secte” ce qui ne nous semble pas religieusement correct. Le sectaire n’est pas l’autre parce qu’il est différent. Mais, en même temps, il nous faut être attentifs aux dérives sectaires qui ont pour effet de réduire la liberté et de nuire à l’équilibre psychologique des membres d’un groupe. Et c’est là une inquiétude grave que l’on peut avoir à propos de l’Eglise internationale du Christ.
Jean Goutterault
Notes :
1- La filiation évangélique de cette Eglise est une chose ; ses dérives en sont une autre. Autrement dit, une Eglise n’est pas sectaire parce qu’elle est évangélique, pentecôtiste ou autre mais dans la mesure où elle a un comportement abusif ou dangereux.
2- Pour les Lyonnais, ne pas confondre “L’Eglise internationale du Christ” dont il est question ci-dessus avec “Eglise du Christ”, 281A, Cours Emile Zola à Villeurbanne. Ce sont deux Eglises bien différentes.