Diocèse de Lyon mars 2001
Pastorale, sectes et nouvelles croyances
Pour un TJ, la mise à l’écart du monde d’un futur Témoin commence avec son “étude biblique à domicile”. Dès lors il vous faudra faire vite. Vous n’avez devant vous que quelques semaines ou quelques mois. Car plus l’initiation à la doctrine s’avancera et plus le retour en arrière deviendra difficile.
“Désormais vous êtes informé de la vérité et vous savez quelle sort Jéhovah réserve à ceux qui la refusent”.
Tant que la capacité de réflexion et la liberté de conscience ne sont pas encore endommagées, il est encore temps d’inviter la personne concernée à s’informer objectivement et à réfléchir aux conséquences de son avancée avec les T.J.
Pour plus de clarté avec elle-même, aidez-la à faire l’inventaire des motivations qui l’attirent chez les T.J.
Proposez-lui de prendre un peu de recul pour réaliser une petite enquête personnelle. Pour cela mettez à sa disposition une documentation suffisante (1) et encouragez la à se poser certaines questions :
ai-je cherché pour comparaison d’autres lieux où je pourrais aussi trouver ce qui m’intéresse chez les T.J. (une réponse à mes questions, mes besoins, mes aspirations) ?
suis-je informé de
Il s’agit pour vous d’alerter votre ami ou votre proche sur le risque encouru, sans l’effrayer. Ne comptez pas sur quelqu’un d’autre de l’entourage pour faire cette mise en garde. N’hésitez pas à lire avec lui certains passages des publications des T.J. pour en faire ensemble l’analyse.
Donnez-lui les moyens de l’information et laissez le répondre personnellement aux différentes questions, après lui avoir indiqué clairement et sans ambiguïté votre point de vue.
Ne mettez jamais en cause les T.J. qui visitent votre ami ; ils sont effectivement de bonne foi.
Proposez-lui de l’introduire dans divers milieux chrétiens chaleureux et accueillants, vivant une spiritualité authentique.
Assurez-le que s’il décide de faire confiance aux T.J. vous respecterez son choix, vous vous n’y opposerez pas, vous lui conserverez toute votre affection et votre porte lui sera toujours ouverte, mais qu’en aucun cas vous ne pourrez approuver son engagement.
Entourez-le. La personne sera d’autant plus réceptive aux sollicitations des T.J. qu’elle sera seule et vulnérable. Faites vous aider, demandez conseil.
Sachez que les T.J. sont très tenaces, et qu’ils reviendront à la charge avec beaucoup d’habileté, même si la personne leur a clairement exprimé son refus.
Celle-ci ne pourra maintenir sa position face à leurs pressions, que si elle a trouvé un point d’appui solide qui soit une réponse à sa quête de Dieu et à son besoin de relations fraternelles.
Le jour où il “prend le baptême”, le nouveau Témoin renonce à “ce monde mauvais” et voue sa vie à Jéhovah, c’est-à-dire aux intérêts de “son Organisation”. Il a déjà pris l’habitude de voir le monde et la société en dualité : d’une part “sa vraie famille” (ceux qui sont “dans la vérité”) et d’autre part ceux qui risquent de l’en détourner car ils sont encore “sous la domination de Satan”. Ils seront prochainement “exterminés par Jéhovah”.
Pour lui, l’enjeu est à la mesure du risque encouru. Il se doit de se méfier de toute personne extérieure à l’Organisation et d’attirer avec lui ceux qu’il aime au sein du seul refuge possible.
Pour l’entourage, il est donc trop tard pour le ramener à la raison. Surtout ne déclenchez pas une guerre de religions. Une telle attitude ne ferait que le renforcer dans ses convictions et provoquerait sa méfiance et même son refus de toute relation avec vous.
Or il est précisément essentiel de sauvegarder et d’entretenir la relation avec lui. Il y trouvera un espace privilégié où il sera accueilli pour lui même, où il pourra se détendre sans avoir à défendre encore ses idées.
Cela ne pourra se faire que si vous garder une neutralité complète sur son choix de vie. Refusez toute discussion sur la religion. Indiquez-lui que vous respectez entièrement son choix et que vous attendez qu’il fasse de même pour le votre. Tout au plus, si l’occasion s’y prête, indiquez-lui pourquoi votre conscience et la Parole de Dieu vous interdisent de le rejoindre. Ne développez pas ; d’autres moins proches pourront peut-être le faire.
Malgré de nombreux et douloureux tiraillements difficiles à gérer, l’unité de la famille n’est pas impossible à préserver. Elle suppose un surcroît d’amour et d’espérance en l’autre. Des précautions importantes vous aideront à maintenir un équilibre.
Le T.J. qui quitte l’Organisation est une personne très blessée. Ceux qui se proposent de l’entourer et de l’accompagner seront d’un précieux secours pour elle. Mais pour adapter leur aide aux besoins réels de cette personne, il leur faudra prendre la mesure de cette rupture, comprendre ce qui l’a provoquée et saisir les enjeux du défi à relever.
C’est un événement déclencheur qui provoque la démarche du départ volontaire d’un Témoin : un incident relationnel majeur au sein de l’Organisation, l’accès à une information surprenante sur la Société des T.J., la découverte d’un passage biblique qui remet en cause l’essentiel de la doctrine, l’influence d’une personne extérieure (1).
Mais cette étincelle n’a pu être déterminante que sur un terrain déjà vulnérabilisé. Le Témoin souffrait (parfois depuis longtemps) d’un déséquilibre entre le poids de l’activité jéhoviste et celui de l’espoir d’accéder au royaume terrestre ; soit que le premier soit devenu insupportable soit que la baudruche du second se soit quelque peu dégonflée.
Si la balance penchait du côté négatif, c’est qu’un lourd crédit de déceptions s’était accumulé : épuisement (difficulté croissante du porte-à-porte et pression des exigences de rendement) vexations, conflits, rivalités, frustrations, doutes (il ne supportait plus le silence et les réponses stéréotypées des responsables sur certains points discutables de la doctrine), mensonges qu’il n’acceptait plus.
C’est toujours à l’issue d’un long et douloureux combat intérieur que le Témoin prend la décision de son départ. Il a affronté les reproches, les pressions et les menaces (d’extermination divine) de tous ses anciens « frères » mais il est resté maître de sa décision.
Le plus dur reste maintenant à faire pour lui : apprendre à vivre autrement.
D’une personne à l’autre les caractéristiques du bilan sont très semblables, tant étaient uniformément planifiés les mécanismes de leur existence. L’ancien T.J. ressent autant le soulagement de la contrainte qui l’oppressait que le déchirement de perdre un climat sécurisant et englobant. C’est à un véritable déracinement culturel qu’il aura à faire face.
A son départ, il se retrouve :
Culpabilisé. A sa sortie, il n’a pas le recul nécessaire pour remettre en cause les certitudes enseignées qui demeurent les piliers de son raisonnement. A ses yeux il est un mauvais Témoin, banni par Dieu. Pour tous ses amis “restés dans la vérité”, il est “mort spirituellement”, et lui-même il se déclare coupable. Ceci restera longtemps une évidence incontournable pour lui. Il a honte et ne se donne plus le droit d’exister. La tentation du suicide est parfois bien difficile à surmonter.
A la sortie, l’ancien Témoin se trouve donc très fragilisé. Pour lui, tout est incertain, dangereux, douloureux. La vie jéhoviste était répétitive, et excluait toute initiative. Or il s’agit maintenant pour lui de reprendre la route, de réinventer son existence. Il n’en a ni les moyens, ni la force, il n’a plus de goût pour rien.
Son désarroi est tel que souvent, la tentation est grande de réintégrer l’Organisation et retrouver ses anciens amis, même si la confiance n’existe plus. Ce retour n’est pas rare ; après une repentance publique et une mise en quarantaine de plusieurs mois il sera autorisé à reprendre ses activités jéhoviste.
Il ne pourra donc refaire surface qu’en s’appuyant sur l’affection et les conseils avisés d’amis sincères.
Dans les deux cas, il ne tiendra le coup que s’il est solidement entouré. Or il avait fait le vide autour de lui. C’est souvent vers sa famille que, naturellement, il se tournera. Cette démarche lui demandera beaucoup d’humilité car il l’avait volontairement écartée. Il aura besoin qu’une main se tende pour l’aider à renouer les anciennes relations familiales. Il est important qu’il rencontre un accueil inconditionnel. Les siens devront renoncer aux reproches et accepter de tourner la page avec beaucoup d’amour.
Aidez-le à accepter le droit d’être fatigué, de se détendre, sans en être culpabilisé.
Cette investigation est importante, car tant qu’il n’aura pas perçu les aberrations de cette doctrine, il continuera à croire que son départ était une erreur et son combat intérieur restera douloureux.
Pour une réconciliation avec lui-même, il faudra l’aider à libérer et exercer sa réflexion personnelle et son jugement, à se réapproprier sa conscience. Il redécouvrira le sens de la nuance, du cheminement, de la complexité de la réalité, pour sortir de la vision manichéenne qu’il avait du monde. Il réapprendra la liberté de penser, de s’informer objectivement. Il devra reconstruire une vie intellectuelle saine basée sur l’investigation, l’analyse, la déduction logique, l’initiative.
Cependant, s’il a beaucoup parlé de Jéhovah, toute rencontre personnelle avec lui était impensable. Demeure en lui une soif latente, d’autant plus que sa fréquentation de la Bible a rendu réel son attachement à la Parole de Dieu.
Il gagnera à chercher une vie spirituelle vécue en profondeur dans la gratuité et la liberté intérieure. C’est là, dans la rencontre qu’il fera du Dieu vivant, qu’il trouvera le point d’appui nécessaire à sa reconstruction. Cela supposera plusieurs conversions : il découvrira le privilège formidable d’être fils autant que Témoin ; il passera de la certitude qui se prouve à la foi en une Personne à laquelle on adhère par amour ; il changera son regard sur la Bible : plutôt que de constituer un arsenal de preuves au service d’idées à défendre, elle lui apparaîtra comme une Parole vivante qui se suffit à elle même ; il découvrira que l’accès au salut est gratuit, et ne se paie pas par l’héroïsme d’un comportement, car il a déjà été donné par Jésus, pour chacun personnellement.
Il faudra l’encourager à passer de la méfiance à la confiance. Cela ne pourra se faire qu’à travers des relations individuelles. Si vous l’aidez à découvrir le sens du beau, de la gratuité dans les gestes individuels autour de lui, de proche en proche, il comprendra que les personnes et les structures ne sont pas aussi corrompues qu’il croyait. Il devra appréhender le monde avec un nouveau regard pour se réconcilier avec lui. Il apprendra à aimer ceux qu’il avait appris à juger. Proposez lui, quand il y sera prêt, de s’engager dans une œuvre sociale porteuse de dynamisme et d’idéal. Il y trouvera une motivation et des matériaux pour sa reconstruction.
L’assistance et le soutien que vous offrirez à votre proche ancien T.J. seront vitaux pour lui, à condition de rester vigilant aux conditions dans lesquelles vous les vivrez :
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