Diocèse de Lyon Janvier 2000

Pastorale, sectes et nouvelles croyances



SUKYO MAHIKARI



Un grand nombre des nouveaux groupes religieux, sectaires ou non, sont d’origine extrême-orientale. Ils connaissent souvent un développement rapide chez nous en raison de la séduction qu’exercent en Occident les religions venues d’Asie mais aussi par leur proposition à la fois spirituelle et thérapeutique.


Parmi ces groupes d’implantation assez récente, le mouvement Sukyo-Mahkari connaît dans notre région une expansion discrète, lente mais continue. Il séduit les personnes désireuses d’une présence spirituelle qui les guérit et les qualifie pour guérir à leur tour.


Voici donc une brève étude sur Sukyo-Mahikari après la parution des fiches précédentes sur l’Eglise internationale du Christ, les Mormons, Invitations à la Vie Intense, le Mouvement Raëlien et le Millénarisme.



Un peu d’histoire


Né en 1901 au Japon, Monsieur Okada a été successivement officier dans l’armée de son pays, puis industriel avant de s’adonner totalement à la réflexion religieuse. En recherche constante sur le plan spirituel, Okada, à partir de février 1959, va recevoir successivement du dieu SU (créateur) vingt-deux révélations qu’il consigne dans le livre Goseigen, véritable Bible du mouvement. Il prend le nom de Kotama (“Sphère de Lumière”) et lance le 18 août 1960 le mouvement Mahikari (“Lumière de Vérité”). En moins de quinze ans, son expansion est mondiale, surtout en Afrique où il connaît un vif succès et en Europe.


Monsieur Okada meurt en 1974, mais sa succession est difficile. Une partie de Mahikari suit Sekigutchi, qu’il a lui même désigné. Une autre, avec l’Europe et l’Afrique, reconnaît comme guide sa fille Keiju Okada. Quand on parle du fondateur ou quand on le prie, on le nomme Sukuinushisama.


La doctrine


Dieu a guidé l’humanité par l’envoi de messagers : Moïse, le Bouddha, Jésus, mais surtout Okada, véritable sauveur des hommes, Jésus n’étant que le fondateur d’une religion particulière.

Sukuinushisama a reçu mission de “faire connaître et avancer le déroulement du programme de Dieu”. Cependant Sukyo-Mahikari ne se présente pas comme une religion nouvelle mais veut fédérer l’ensemble des religions pour le XXIe siècle.


Son projet est d’apporter au monde la Santé (KEN), l’Harmonie en soi-même et avec les autres (WA), et la sécurité matérielle (FU). SU est le dieu suprême. Son nom signifie Créateur. Il personnifie l’énergie cosmique dont émanent d’autres dieux dont les 48 dieux principaux. C’est un panthéisme mais aussi un millénarisme. Nous approchons, en effet, de la fin des temps, marquée par un “baptême de feu” d’où le dieu SU va faire jaillir une “civilisation nouvelle”, le paradis sur terre.


Sukyo Mahikari est aussi réincarnationiste. L’homme composé d’un corps spirituel, astral et physique est destiné à jouir d’un bonheur naturel sur la terre s’il observe la loi de justice. A sa mort, le corps spirituel erre dans l’attente d’une autre réincarnation dans la mesure où l’âme n’est pas divinisée.


La pratique


Mahikari est un mouvement initiatique qui enseigne “l’art de purification spirituelle” qui permet à un initié (Yokoshi) de recevoir du dieu SU sa lumière purificatrice et de la transmettre en levant la paume de la main, devenant lui-même “canal d’énergie spirituelle”. Il peut ainsi purifier, à partir du corps spirituel, le corps astral puis le corps physique, les animaux, les plantes et les objets. Il délivre des impuretés spirituelles et diminue les dettes Karmiques (le Karma est la conséquence d’un acte mauvais commis dans une vie antérieure, qui entraîne l’homme dans la série des réincarnations jusqu’à la délivrance). On arrive ainsi à transformer profondément les psychismes perturbés et à guérir les malades. Il y a deux maîtres mots dans le Mahikarisme : purification et lumière.


Cette initiation progressive se réalise en trois temps. On accède au premier degré au terme de trois jours d’enseignement et de pratique de réception et de don de la lumière. On devient alors Kumite et on apprend les formules de prière en japonais. L’initié reçoit alors un médaillon sacré relié directement au dieu SU. C’est l’Omitama que l’initié doit porter en permanence sur lui, selon des dispositions précises.


On accède au deuxième degré par son assiduité aux réunions mensuelles au dojo local, aux cours de préparation, par les offrandes régulières et surtout si l’on a fait initier au moins deux personnes.


Le troisième degré est conféré au Japon après une offrande généreuse et le recrutement de cinq nouveaux initiés.


Implantation


Mahikari compterait 500.000 adeptes dans le monde. Son centre spirituel est Suza (le trône de Dieu) Temple universel à Takayama (Japon) d’où rayonnent les faisceaux d’énergie dans chacun des Dojos locaux.


Il y aurait 5000 initiés aux Antilles et 20.000 en France métropolitaine avec un Dojo à Paris et une trentaine de centres en province. Pour l’agglomération lyonnaise, le centre Sukyo Mahikari est à Villeurbanne, 169 rue Léon Blum et il accueille de 9 h à 19 h ceux qui désirent recevoir la lumière et les initiés qui la transmettent. Les principaux responsables demeurent à St Genis Laval et alentour d’où ils exercent une influence certaine. Les initiés sont environ au nombre de 200, parmi lesquels un grand nombre de personnes appartenant aux professions para-médicales: infirmières, kinésithérapeutes, etc..


La tentation de la double appartenance


Sukyo Mahikari se présente comme un groupe ouvert aux pratiquants de tout culte “comme un moyen de vivre pleinement sa foi au-delà de toute religion” et ses adeptes s’accommodent très bien de cette ambiguïté. Des familles membres de Mahikari élèvent leurs enfants dans ces croyances et dans ces pratiques et les envoient au catéchisme pour les préparer à leur première communion. Il arrive que des funérailles catholiques avec célébration de l’Eucharistie soient demandées pour un adepte de Mahikari.


D’autre part, il est bien évident que panthéiste, millénariste, réincarnationiste, ésotérique, le message de ce mouvement est incompatible avec le contenu de notre foi. Notre Sauveur n’est pas Okada et la double appartenance n’est pas possible pour un chrétien. N’y a-t-il pas un choix radical à faire entre Jésus-Christ et le Sukuinushisama comme sauveur de l’humanité ?


On réalise combien est étroit l’espace pastoral libre entre le caractère incompatible du message mahikariste avec la foi chrétienne et la demande souvent sincère mais peu éclairée des mahikaristes vis-à-vis de l’Eglise spécialement dans le domaine sacramentel.


On aura compris que notre refus de Mahikari ne se situe pas dans la qualification sectaire ou non de ce groupe, mais dans son contenu religieux qu’un chrétien ne peut accepter.



L’équipe diocésaine de Lyon

“Pastorale, Sectes et Nouvelles Croyances”.

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