A LA JONCTION DU SPIRITISME ET DE LA THERAPIE : LA SOCIETE JEANNE D’ARC






Il y a chez nos contemporains une immense attente de guérison et de mieux-être. Les groupes à pratique thérapeutique liée au religieux se multiplient.

Ce n’est pas nouveau. L’Evangile est plein des cris de ceux qui sollicitent du Christ qu’il leur donne de voir ou de marcher , de guérir de leur lèpre ou de leur épilepsie. L’annonce du Royaume s’accompagne de signes de libération et de guérison.

Aujourd’hui , le sacrement des malades trop peu utilisé et parfois détourné de son sens, est la réponse du Seigneur, par son Eglise , à cette attente. Il y a aussi des lieux de guérison possible, agréés par l’Eglise qui n’y contraint personne. On pense spontanément à Lourdes mais aussi à divers groupes charismatiques où l’on pratique la prière de guérison et l’imposition des mains. Hors Eglise, cette demande est honorée par les groupes les plus divers issus soit des courants orientaux SUKYO MAHIKARI soit du christianisme comme l’ANTOINISME et plus récemment INVITATION A LA VIE INTENSE.

A Lyon, au coeur de la ville, une association originale presque centenaire , à la jonction du spiritisme et de la thérapie, réunit plusieurs fois par semaine des souffrants à la recherche d’un mieux-être ou d’une délivrance par des moyens originaux. Il s’agit de la SOCIETE JEANNE D’ARC.



SON BUT


La société Jeanne d’Arc a été créée en 1903 à Lyon par Madame Combes, médium, disciple du Maître PHILIPPE, guérisseur de renommée internationale. Son but : “ Aider par la prière, les soins magnétiques, la méditation, la mise en pratique de l’enseignement spirituel, tous ceux pour qui la vie ne se termine pas au plan physique. (1)

La société est placée sous le patronage de Jeanne d’Arc considérée comme le médium par excellence, les voix qu’elle entendait étant supposées être celles des esprits. Deux moyens thérapeutiques sont utilisés :

- la thérapie magnétique : il en existe plusieurs types. Il s’agit ici du “ magnétisme spiritualiste ”. Les “ passes ” y sont conçues comme un moyen de transfert par le magnétiseur d’une énergie divine et curative.

- les soins médiumniques hérités de la tradition spirite. La thérapie est centrée sur le médium qui se veut être “ l’instrument ”au service de l’énergie curative, après identification des esprits.


(1) Texte de la société de Jeanne d’Arc distribué aux nouveaux participants


LA DOCTRINE


Il s’agit d’abord d’un groupe SPIRITE dans la mouvance d’ALLAN KARDEC (1) qui prend en compte la réalité des entités spirituelles et de la communication avec elles. Au cour des réunions, l’invitation à la prière est constante et s’adresse à tous, médiums et patients. La démarche entreprise est placée sous le regard de Dieu sans qui rien n’est possible, chacun priant le Dieu qui est le sien. Mais le Dieu dont il s’agit est moins celui des chrétiens que celui du nouvel âge. En effet il s’identifie à une ENERGIE SACREE, qui devient curative quand, transmise au patient par la prière et les soins magnétiques , elle fait son chemin en lui et le libère de ses limites , de ses angoisses et de ses maux.


Il s’agit d’un groupe REINCARNATIONISTE “ chaque âme pour évoluer, s’incarne dans des vies successives au cours desquelles elles rencontrent des difficultés appropriées à son avancement et à sa compréhension. Ce sont simplement les conséquences de ses actes passés qui peuvent intervenir dans l’immédiat dans un certain nombre d’années ou bien dans de prochaines vies. Bien entendu , dans notre passé , nous nous sommes trouvés dans de multiples situations avec de nombreuses âmes et si notre action a créé des souffrances dans notre travail, dans ce lieu, nous trouvons l’aide pour réparer les erreurs passées ” (2). Pour avancer sur la voie de la guérison il faut s’acquitter de ses dettes karmiques (3) après avoir pris conscience grâce aux médiums des torts causés aux personnes dans notre passé récent ou dans nos vies antérieures.


LES LIEUX


Une vaste salle au deuxième étage au 7 de la place des Terreaux. Au fond, trois grandes fenêtres voilées créent une semi obscurité. Aux murs latéraux une croix en céramique à gauche et, à droite une peinture représentant le visage du Christ. Sur un support une statue de Jeanne d’Arc, une bougie allumée, des fleurs et des bâtonnets d’encens. Une petite centaine de chaises sont disposées face aux fenêtres. Une dizaine d’autres font face à l’assemblée et sont réservés au médiums. Entre les médiums et la salle, au centre d’un espace vide, une chaise qui sera occupée par les patients successifs. L’atmosphère est silencieuse, recueillie et porte à la méditation. Une musique un peu “ planante ” crée l’ambiance.



(1) Allan Kardec né à Lyon en 1804 mort à Paris en 1869 , de son vrai nom Hyppolyte -Léon RIVAIL est considéré comme le Père du spiritisme . Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le plus célèbre , toujours édité “ Le livre des Esprits” reste l’ouvrage de référence chez les spirites.


(2) Texte de la Société de Jeanne d’Arc distribué aux arrivants


(3) KARMA : conséquences d’un acte qui enchaîne l’homme dans la série des réincarnations jusqu’à la délivrance en vertu de la loi cosmique de cause à effet.

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LES ACTEURS


Les MEDIUMS qui sont les thérapeutes au nombre de huit. Le président de séance est lui-même un médium confirmé. Ils sont des relais entre les patients et les esprits. Ils se disent des “ instruments ” au service de l’identification des esprits et de la transmission de l’énergie thérapeutique.


Plus que guérisseurs, ils se veulent donneurs de soins. Ces médiums, hommes et femmes, engagés dans la vie professionnelle ou retraités sont tous bénévoles. Ils donnent gratuitement leur temps et mettent leurs dons divers au service des patients.


Les PATIENTS. Ils souffrent de maux d’ordre psychologique, affectif, moral ou physique. Souvent ils viennent à la salle après l’échec des soins médicaux classiques. Parfois, en raison de leur grand nombre les patients ne sont pas tous appelés mais ce qui leur est dit et ce qu’ils découvrent sur eux-mêmes est profitable à toute l’assemblée.


Le PUBLIC. Toutes les personnes présentes ne sont pas des patients . Il y a des curieux, des gens qui viennent se renseigner , voir , entendre et donc certains iront peut-être plus tard grossir les ranges des patients. L’entrée de la salle est libre, chacun est le bienvenu et aucune question n’est posée. Tout prosélytisme est banni.


Les ESPRITS : il y a les esprits guides, ou esprits guérisseurs, appelés aussi médecins de l’espace . Ils aident le patient par l’intermédiaire du médium à faire la clarté dans son esprit et lui apporter la paix intérieure.


Il y a des esprits tourmenteurs qui sont ceux des morts errants qui n’ont pas accepté la mort et s’accrochent aux vivants ou ceux qui sont à la recherche du support d’un corps pour une nouvelle incorporation.




LE RITUEL


Il met en scène :

- le passage de l’esprit tourmenteur dans le médium pour s’y exprimer et pour y être décrypté

- le passage de l’esprit guérisseur dans le médium pour aider le patient à voir clair et à l’apaiser


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Il comporte plusieurs temps distincts et sa durée est de trois heures environ.


L’Harmonisation - les membres de l’assemblée face aux médiums se recueillent et prient. C’est la mise en état de réceptivité spirituelle.


Les soins magnétiques collectifs - une grande partie du public est volontaire pour recevoir ces soins. Chacun se présente au médium de son choix, qui procède sur lui à des “ passes ” sur le “ corps énergétique ” à distance du corps physique, puis à de véritables massages du corps physique, tête, nuque, jambes, bras ... Il fait le geste de nettoyer , d’épousseter, de couper et de rejeter au loin ce qui gêne et encombre : les événements du passé, mais aussi les esprits tourmenteurs.


L’ouverture - le président (ou la présidente) de séance demande à chacun dans l’assemblée de prendre la posture favorable à la prière : mains posées sur les genoux, yeux fermés. Il invite à respirer profondément , à maîtriser son souffle, à entrer en contact avec l’énergie divine, avec les esprits guides. Il place cette démarche sous la protection divine. Ainsi est préparé le rendez-vous spirituel avec ceux dont on attend le soulagement.


La Chaise - chacun de ceux qui se sont inscrits en début de séance s’avance tour à tour , à l’appel de leur prénom et s’assoit sur la chaise disposée entre les médiums et l’assemblée qui devient le centre de la salle.


Toute l’assemblée est invitée à centrer sa prière sur le patient et les médiums. Soudain un médium s’exprime : il se trouve investi par l’esprit tourmenteur qui perturbe l’équilibre ou la santé du patient. S’établit alors une relation triangulaire : patient, esprit, médium. Le médium, canal de l’esprit, devient un être double : sa personnalité est momentanément gommée, et en même temps , il devient le support d’un autre que lui-même, c’est-à-dire l’esprit qui se manifeste . Le médium n’accepte pas toujours de bon gré cet intrus et le lui fait savoir !


Cette incorporation momentanée permet de déchiffrer quel esprit perturbe le patient. La difficulté pour le médium est de maîtriser l’événement , de ne pas laisser l’esprit le posséder et de garder son “ self control ” alors qu’il est en état de transe.

C’est alors qu’intervient le président de séance qui s’adresse à l’entité spirituelle qui incorpore le médium. Selon les cas, l’esprit résiste ou s’abandonne. Ce dialogue favorise l’entité de l’esprit perturbateur ce qui permet parfois au patient de reconnaître celui qui s’exprime et en qui il reconnaît un être autrefois rencontré.

Il s’agit alors d’apaiser l’identité souffrante et le patient . C’est l’étape de “ moralisation ” de l’entité. On l’encourage à trouver sa voie propre, à accepter sa condition . On lui montre l’impossibilité d’habiter un corps qui n’est pas le sien.

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On prie - et l’assemblée s’y joint pour que cette entité spirituelle trouve lumière et paix. Placé entre patient et médium, le président de séance suggère des examens de conscience, des résolutions, et les réconciliations nécessaires. C’est l’étape dite du “ dégagement ”. Nous sommes là dans un exercice qui tient un peu de la confession publique par esprit incorporé et aussi de psychothérapie de groupe, au point de jonction entre visible et invisible.

 Les “ soins ” ne profitent pas seulement aux patients présents dans la salle mais peuvent affecter aussi à distance ceux qui sont nommés (prénoms) par le président à leur demande.


EVALUATION


On aura noté les données positives de ce groupe : le primat du spirituel et du divin, le sens de la prière, le don de soi désintéressé au service des souffrants, l’ouverture du groupe à l’opposé de tout sectarisme...

Mais, en même temps on en aura perçu les limites qu’un chrétien ne saurait franchir :

- Un Dieu dépersonnalisé réduit à une Energie sacrée, à une Force curative aux antipodes du Dieu vivant et personnel de la Bible.

- La prière considéré comme une captation d’énergie et non comme l’accueil à l’Esprit de Dieu pour nous configurer au Christ.

- La migration des âmes et la nécessité des réincarnations successives pour atteindre la purification totale alors que pour le chrétien le Christ est la seule source de salut en son mystère pascal.

- La communication avec les morts depuis toujours condamnée par la Bible “ on ne trouvera chez toi personne qui interroge les esprits, ni invoque les morts ! ”.

(Dt. 18, 10-11 ; Lev. 19 , 31 ; 20, 6 ; 27). Condamnation relayée par l’Eglise au cours des siècles.




CONCLUSION


On pourra s’étonner qu’une fiche ait été réalisée sur un groupe si localisé. Mais, outre la prétention lyonnaise de se situer au coeur des courants de pensées et des pratiques à la marge, il faut tenir compte de deux données :

D’abord la durée centenaire et surtout le rayonnement de cette société. Trois fois par semaine, chaque après midi de lundi et samedi et la veillée du mercredi elle réunit entre cinquante et quatre-vingt personnes venues parfois de loin, sans aucune publicité sinon celle du bouche à oreille.


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D’autre part , sans qu’on puisse parler de filiales , d’autres groupes s’inspirent à leur manière de l’esprit et des méthodes de la société Jeanne d’Arc. On aura remarqué une certaine parenté entre elle et les groupes de Maguy LEBRUN qui, elle même , en a fait partie quelque temps.


Ensuite il faut souligner l’importance du phénomène spirite. Un monde aussi matérialiste que le nôtre ne peut que susciter des sursauts spiritualistes et des initiatives qui comblent une soif, un désir . Sans avoir la finalité thérapeutique de la société Jeanne d’Arc, des groupes spirites naissent et se développent . On peut citer, pour l’agglomération, le Centre d’études spirites et psychologiques Thérèse d’Avila et le groupe spirite Allan Kardec de Bron sans parler de l’imprégnation spirite des mentalités.