Diocèse de Lyon Mai 2000
Pastorale, sectes et nouvelles croyances
Un chrétien lyonnais ne peut ignorer la gnose. Dans les années 177-200, Irénée, deuxième évêque de Lyon, a rédigé une "dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur" sous le titre plus connu "d’Adversus Haereses" ou "Contre les hérésies". Ceux qui ont lu cet ouvrage monumental (Sources Chrétiennes - traduction A. Rousseau) ont été surpris par le nombre, la variété et la vitalité des groupes gnostiques à la fin du deuxième siècle.
Dix huit siècles ont passé et la gnose est toujours là, plus vivante et influente que jamais au cœur de divers mouvements de pensée, sectaires ou non, portés par la vague du Nouvel-Age. C'est vraiment "un mouvement à mille têtes" qu'on retrouve aux quatre coins de la nouvelle religiosité. En ce domaine, rien de nouveau sous le ciel lyonnais.
Ce mot, peu employé aujourd'hui, signifie "savoir "connaissance". Pour les gnostiques, on atteint Dieu par un savoir auquel on accède graduellement comme initié. A titre d'exemple, l'Evangile selon Thomas, apocryphe gnostique, dont le texte en langue copte nous a été donné il y a cinquante ans par les découvertes de Nag Hammadi en Haute-Egypte, commence par ces mots "Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et qu'a écrites Jude Thomas, le Jumeau. Et il a dit : celui qui trouvera l'interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort". Suivent 114 paroles attribuées à Jésus. Un Jésus qui ne pose aucune action se contentant de communiquer un savoir tant il est vrai, pour le gnostique, que ce n'est pas Jésus qui sauve mais la connaissance qu'il transmet.
Ce savoir est sauveur : il délivre du mal et procure l'immortalité car il permet de s'unir à Dieu ou mieux de le réintégrer, l'homme et le cosmos faisant partie de l'être même de Dieu. Le gnostique ne CROIT pas, il SAIT parce qu'il est initié. Par ce savoir initiatique, le gnostique trouve en lui même son salut. Il n'a que faire d'un sauveur ; Il ne peut se fier à la parole d'un autre. Seule compte l'expérience personnelle qui donne l'illumination intérieure. Chacun est son propre sauveur.
La gnose est dualiste : Une certaine gnose sépare strictement le matériel et le spirituel. Tout ce qui est matériel ou corporel est mauvais. C'est la création d'un esprit malveillant, le Dieu de l'Ancien Testament. C'est pourquoi le gnostique rejette l'Ancien Testament, la création, l'incarnation, l'attente du retour du Christ mais aussi la sexualité, le mariage, la procréation et toute activité à caractère social. Face à ce dieu méchant se dresse le Dieu transcendant avec l'univers qu'il engendre. Il révèle aux initiés les vérités cachées sur Dieu, sur l'homme, sur le monde, connaissance qui libèrera l'initié et le conduira au salut. Nous sommes là en plein ésotérisme et le manichéisme n'est pas loin.
Le gnostique - et lui seul - peut triompher du mal grâce à l'étincelle divine de connaissance enfouie au plus profond de lui même. Il s'agit d'approfondir sans cesse la connaissance de soi. Le principe grec inscrit au fronton du temple de Delphes : "Connais toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux" est au cœur de la démarche gnostique.
On saisit d'emblée tout ce qui oppose la gnose et la foi.
D'abord, l'Evangile est pour tous selon l'enseignement et la façon d'agir du Christ lui même. Pour le chrétien, il n'y a rien de secret, de caché ou de réservé dans l'Evangile. Sa proclamation est publique et offerte à chacun. Ce sont les "petits" qui sont prioritaires et non "les sages et les intelligents" (Mat 11 v.24). Il n'y a pas d'élite à qui le message serait réservé.
Ensuite, pour le Chrétien, seul Jésus sauve. Le salut n'est pas réalisé d'abord par un savoir livré ou acquis mais par Jésus en son mystère pascal. L'homme ne trouve pas son salut en lui-même mais dans le Christ et dans le Christ seul.
Enfin, le chrétien aime la totalité du monde créé. Homme de la Bible, il sait que le monde est sorti " bon " des mains de Dieu créateur et que le couple humain est jugé "très bon" dans son existence et dans sa fonction (Gen 1 v.31). L'être humain, corps et âme et le monde avec lui sont sauvés par l'Incarnation rédemptrice du Verbe de Dieu (Jn 1 v. 12-14).
Une étude rapide du vocabulaire nous permet de bien percevoir les différences entre la démarche gnostique et la démarche de foi. Les mots-clés ne sont pas les mêmes et les réalités qu'ils expriment non plus.
| Dieu créateur | - | Energie cosmique |
| Création | - | Emanation |
| Révélation | - | Exploration de la conscience |
| Accueil du don de Dieu | - | Quête religieuse |
| Communion | - | Fusion |
| Jésus le Sauveur | - | Un sage parmi d'autres |
| Un peuple nombreux | - | Quelques initiés |
| Un monde sauvé | - | Se sauver du monde |
| Résurrection | - | Réincarnation |
| Foi | - | Connaissance |
La lucidité très moqueuse d’Irénée sur la gnose au nom menteur ne doit pas faire oublier que la gnose au nom véridique s’appelle théologie. Un Clément d’Alexandrie a bien compris cela et a su discerner dans le courant gnostique une part de vérité dont on peut se demander si les sectes plus ou moins gnostiques d’aujourdhui en sont porteuses.
On peut la saisir à trois niveaux :
Elle est dans l'air du temps, on la respire, on s'en imprègne sans s'en apercevoir. On est gnostique, comme M. Jourdain faisait de la prose : sans le savoir. C'est ce qu'on pourrait appeler "la gnose douce", véhiculée par le courant du Nouvel Age. On peut noter deux caractéristiques de cette gnose diffuse.
• Sur le plan doctrinal. Le gnostique de l'an 2000 ne se soucie aucunement des vérités révélées. Il privilégie ce qu'il ressent comme lui faisant du bien. Ce qui importe c'est le chemin, le pèlerinage initiatique, selon une tradition, sous la conduite d'un "sage", d'un "initié" qui emprunte lui même cette route intérieure. Peu importe le chemin choisi. Tous convergent vers le même but.
• Sur le plan du comportement. La gnose ne comporte aucune éthique parce que le mal dans le monde relève de la fatalité et non de la liberté des personnes. Il n'est pas question d'un effort personnel ou d'une action collective pour changer le monde. Seul le savoir sauve. Toute responsabilité est diluée et la faute se réduit à l'erreur de jugement. Le mal que je commets ne relève pas d'une faiblesse de ma volonté mais d'une défaillance de ma connaissance.
Ces groupes à caractère philosophique ou religieux, sectaires ou non, ne se disent pas gnostiques mais le sont effectivement dans leur démarche essentielle, comme d'autres - et parfois les mêmes - ont intégré dans leur fonctionnement et leur pensée : le manichéisme, le fondamentalisme ou le millénarisme.
Avec Jean Vernette, on peut classer parmi eux : l'Anthroposophie de Rudolf Steiner, la Théosophie de Mme Blavatski, les Roses-Croix, la Fraternité Blanche universelle, le Mouvement du Graal, l'Ordre martiniste, la Nouvelle Acropole, la Scientologie avec ses huit degrés d'initiation, les groupes qui gravitent autour du spiritisme et autour du " développement du potentiel humain " ainsi que certaines franc-maçonneries.
En région lyonnaise, nous en avons identifié deux qui se réclament explicitement de la Gnose. A leur source, un seul Maître, d'origine colombienne, Samaël Aun Weor, mort en 1972, et qui fonda au Mexique en 1952 "l'Association Gnostique d'Etudes anthropologiques et culturelles". Considéré par ses disciples comme un "avatar" (émanation, manifestation ) de Dieu pour l'ère du Verseau, il se présentait comme évêque et patriarche gnostique. Sa veuve Litelantès lui a succédé. C'est maintenant leur fils Osiris Gommez qui dirige l'association dont le siège central est au Mexique.
• L'institut gnostique d'anthropologie implanté à Paris en 1966 et à Lyon en 1988. Il a pour but d'enseigner les techniques de la connaissance de soi, la sagesse de l'être intérieur. Concrètement, l'I.G.A organise un cycle de six conférences publiques pour l'année ainsi que des cours hebdomadaires au siège du groupe, 3 rue Pierre Robin, 69007 Lyon. Il existe aussi des cours par correspondance.
A titre indicatif, les conférences pour l'année 2000 portent sur les thèmes suivants : le Voyage Astral, les Chakras, les pouvoirs de Mantras, les Dimensions parallèles, les Civilisations disparues et Théotihuacan, la cité des dieux.
Cours et conférences comportent une partie théorique et une partie pratique.
• Le mouvement gnostique chrétien universel de France.
Son but : développer la Gnose c'est-à-dire la connaissance de soi et des énergies qui nous animent en accord avec l'enseignement du Christ. Mais il ne faut pas se méprendre. Pour eux, le Christ ne s'identifie pas à une personne. C'est un principe universel de connaissance et d'altruisme.
Il y a trois étapes à franchir :
Les degrés du savoir sont nombreux et longs à gravir en plusieurs phases successives s'échelonnant sur quatre années à raison de deux ou trois cours par semaine au siège du M.G.C.U.F, 62/64 rue du Dauphiné, 69003 Lyon.
Pour atteindre le cœur de la pensée gnostique, on ne saurait mieux faire que citer Maître RABOLU, Coordinateur international du M.G.C.U.F.
"Ici, il ne s'agit pas de suivre un homme, une personne, mais il s'agit de se suivre soi-même.
Lorsque nous escaladons la Sagesse au moyen de la pratique, nous ouvrons les portes du Cosmos, de toutes les dimensions. Parce que personne ne nous ouvre les portes, c'est nous-mêmes qui devons les ouvrir".
Cette étude doit beaucoup à Jean Vernette "Jésus dans la nouvelle religiosité” (Desclée) et à Michel Redon "Aujourd'hui, une ambiance gnostique".
S.N.O.P du 02.07.99 et Document Catholique du 03.10.99.
On aura intérêt à consulter cet ouvrage et cette étude.
On pourra aussi lire utilement :
| Partie précédente | Partie actuelle | Page suivante |