Notes provisoires sur la Franc-maçonnerie
Vos réactions, critiques, propositions et indignations à
Ni secte ni société secrète ni religion, les obédiences franc-maçonnes se présentent aujourd’hui comme lieux de recherche, d’échange et de réflexion à la fois personnelle et collective, à partir des questions auxquelles se heurte la société afin de se constituer en force de proposition lorsque l’urgence des problèmes du temps l’exige. La solidarité des frères et sœurs tisse des liens d’entraide aussi bien sur le plan de l’aide mutuelle que sur celui de la vie professionnelle et sociale et politique.
Une origine « mythique » :
Salomon fit un jour appel à Hiram, Roi de Tyr et ami de David pour construire le Temple de Jérusalem. (1) La légende du temple inachevé d’Hiram est l’un des mythes fondateurs de la franc-maçonnerie qui ne poursuivra jamais qu’un seul but : Coopérer à l’œuvre du Grand Architecte, à l’édification du Temple de l’humanité. Cette tâche puise son origine au « commencement » du monde et son avenir est illimité. Chacun est appelé à participer à ce travail. Pour ce faire, il faut apprendre « à polir la pierre brute » (ascèse personnelle) et à découvrir les lois qui régissent cet achèvement. (recherche « en loge » au travers de la mise en œuvre rituelle des symboles maçonniques ainsi que de la réflexion commune. Ces maçons « spéculatifs » peuvent aussi bien considérer leur tâche collective comme purement humaine et proposer par exemple une pensée et un idéal au monde politique. Ils peuvent aussi appartenir à des familles spiritualistes ou religieuses. Mais ils gardent présent à l’esprit –grâce à l’initiation et au rituel- leurs pères, maçons « opératifs », compagnons constructeurs de cathédrales, « coopérateurs de Dieu dans l’œuvre de création.
Une origine historique.
Charpentiers, maçons, tailleurs de pierre, architectes groupés dès le moyen-âge en confréries qui permettent l’échange de connaissances spéculatives et pratiques, (les « secrets du métier ») C’est en leur sein que s’effectue l’apprentissage par les jeunes recrues, du savoir-faire des maîtres. A Londres, dès 1717, apparaît la charte de la première Grande Loge : Le respect de la loi morale est la règle. L’obligation de la croyance en Dieu est imposée en 1849, et en 1877 le symbole du Grand Architecte de l’univers est éliminé et la rupture consommée entre le Grand Orient de France (introduit en France par les Anglais en 1725) et la Grande loge unie d’Angleterre.
Construire le « Temple intérieur » : Quelque soit la forme du regroupement, confrérie, loge, les maçons se donnent d’abord pour tâche la construction du « temple intérieur » : travail d’ascèse, travail sur soi-même : perfectionnement spirituel et intellectuel. Les échanges peuvent conduire les participants à laisser paraître leurs sentiments, et convictions intimes : on comprend que les membres de la loge s’engagent au secret.
La franc-maçonnerie a traversé des époques qui ne connaissaient pas la liberté de réunion et de discussion, la discrétion sinon le secret faisaient partie de la règle du jeu et sont restés une exigence mutuelle fondamentale. Il faut souligner que ce « secret d’appartenance » n’est pas un « culte du secret » Pendant la dernière guerre en Europe, la Franc-maçonnerie a subit de terribles persécutions de la part de tous les régimes. En France aussi, sous l’occupation allemande. Une longue expérience de semi-clandestinité nécessaire peut laisser des traces.
Initiation, rituel et symbolisme
L’initiation obéit à un rituel précis, qui met en œuvre un ensemble de symboles : mort fictive de l’impétrant qui « n’est pas initié à un enseignement secret mais soumis à une maïeutique » (B), naissance à un monde nouveau, réception des « outils » qui ont une fonction symbolique tant dans l’action que dans la réflexion et le perfectionnement personnel des membres de la loge. En références aux maçons et ouvriers constructeurs du moyen-âge, trois grades existent à l’intérieur de la loge : apprenti, compagnon, et maître. La « construction » n’est plus matérielle mais intellectuelle morale et spirituelle. Leurs « outils » sont la justice (l’équerre), l’égalité (le niveau), la fermeté de caractère (le levier), la volonté (le maillet) et le jugement (le compas) La tenue de travail est le « tablier » signe de la volonté de celui qui le revêt de mettre en œuvre la signification des "outils"
Pour les obédiences dites « régulières » d’origine chrétienne le Grand Architecte est un principe de cohérence et d’unité universelles. Dans les loges athées le « G » est le symbole de Géométrie, Gravitation, Génération, croyance minimale en un ordre universel possible.
Obédiences :
Six millions de francs-maçons organisés en cinquante mille loges environ appartiennent à l’une des Grandes loges ou des Grands Orients. Ils ne constituent pas pour autant une organisation internationale. La cellule de base est la loge ou l’atelier, qui peut être fondée par sept frères appartenant au grade de Maître.
Deux tendances distinguent entre elles les obédiences. Les unes, attachées au progrès, adaptent la formation de ses membres et le travail des ateliers ou loges aux besoins des sociétés : travailler à l’amélioration humaine de l’individu et de la société et force de proposition de solutions aux questions politiques et sociales. Il n’y a plus de référence religieuse mais la confrontation et la réflexion politique ont une place éminente dans le travail maçonnique le croyant comme l’athée s’y rencontrent.
Ainsi Le Grand Orient de France(GODF), fondé en 1773, compte quarante trois milles membres ; il privilégie la lutte pour les principes républicains et la laïcité.
Proche du Grand Orient, le Droit humain, fondé en 1893,s’oppose à l’exclusion des femmes. Obédience mixte, installée dans cinquante six pays, elle compte vingt six mille membres dont quatorze mille en France. En 1877, l’obligation de la croyance en Dieu disparaît de la Constitution. Le nouvel article premier de son règlement fut ainsi rédigé: « La franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l’exercice de la bienfaisance. Elle a pour principe la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n’exclut personne pour ses croyances. Elle a pour devise : « Liberté, Égalité, Fraternité »
D’autres plus traditionalistes et liées aux puissances maçonniques anglo -saxonnes (qui se disent «régulière») sont attachées à la croyance en Dieu, « Grand Architecte de l’Univers», se refusent à toute recherche sociale ou politique et font passer en priorité la sauvegarde de l’héritage (symbolisme et rituel). Ainsi la Grande Loge de France, (GLF), fondée en 1894, en réaction à l’anticléricalisme d’alors du Grand Orient, veille à la fidélité de l’héritage des traditions symboliques (maintien de la formule: «À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers».La bible est présente sur l’autel des serments, ce qui n’interdit pas la participation d’hommes qui rejettent le Dieu biblique. Elle se refuse à aborder les questions politiques. Elle compte six cent quarante loges et vingt sept mille membres. La Grande Loge nationale française, liée à la Grande loge unie d’Angleterre, comprend mille loges, vingt sept mille membres. En fort développement cette obédience conservatrice s’adresse surtout aux élites.
D’autres organisations de faible importance telles que la Grande Loge Opéra, l’Ordre hermétique (loges masculines et loges féminines qui se réunissent séparément), la Grande Loge mixte universelle du « Droit Humain » et, tout récemment, Le Grand Chapitre de Monaco fondé sous l’égide de l’Américan Canadian Grand Lodge. (C) Le « Rite écossais rectifié » se réclame, lui, du Christianisme.
La Loge était un abri adossé à l’édifice en construction. On y rangeait les outils, on s’y abritait, on y étudiait la suite de la construction.
La loge-atelier moderne rassemble des hommes (ou des femmes, ou les deux) qui souhaitent confronter leurs idées, les approfondir et aboutir à une synthèse qui pourra être proposée comme voie de solution à des problèmes sociaux, politiques, philosophiques présents dans la société. Le rituel favorise une libre circulation de la parole : chacun présente l’état d’avancement de sa « Planche » (travail en cours) sans jamais être interrompu. Le travail, individuel et collectif est la valeur fondamentale qui lie les membres entre eux. C’est en effet le moyen d’une amélioration personnelle, un travail sur soi-même à la fois ascèse et développement intellectuel, progrès des connaissances et des savoirs, tous orientés vers le progrès de la société. Plusieurs lois de la République ont à l’origine une « suggestion » maçonnique.
Toute question liée à l’état de la société est en effet admise à l’Atelier, qu’elle soit d’ordre social, économique ou philosophique. « Si l’ordre maçonnique est au-dessus de la politique et des partis, un maçon peut, à titre personnel, s’engager politiquement ou religieusement ; son obédience ne lui dicte aucunement une ligne de conduite, ne lui impose aucune directive et le laisse libre d’agir selon son tempérament en respectant les lois morales, dans un esprit de justice, de bienveillance, de tolérance, qui sont des valeurs humanistes. Des "frères" militent ainsi dans des partis politiques, des syndicats ; en loge on ne cherche pas à connaître l’opinion politique ou religieuse de son frère car de telles discussions ne peuvent que diviser » (E)
Il semble que la franc-maçonnerie ait ainsi réalisé cette difficile distinction entre la sphère privée et la sphère publique, et attache le plus grand prix à une république qui reconnaît la diversité tout en se maintenant indivisible.
FRATERNELLES
Il arrive cependant que des frères appartenant à diverses obédiences mais travaillant dans le même champ social économique ou politique, se regroupent, à leur seule initiative, pour conduire une réflexion liée à leurs activités : Ce sont les « fraternelles »
« Les fraternelles sont des groupements mixtes (frères et sœurs), venant de toutes les obédiences, réunis dans un but profane bien défini. Il existe des fraternelles de médecins, d’avocats, d’ingénieurs, de hauts-fonctionnaires, de journalistes, d’écrivains, élus de tous niveaux etc. . Des fraternelles peuvent se constituer au niveau d’une ville, voire d’un quartier. » (E)
Les fraternelles parlementaires ont élaboré maints projets de lois (mœurs, bio-étique…)
Il s’agit le plus souvent de resserrer les liens qui existent entre les frères et sœurs d’une même région, profession ou activité identique. Il existe aussi des organisations dites de « coordination » qui aident frères et sœurs à s’orienter vers la « fraternelle » la plus compatible avec leurs affinités et leur qualification professionnelle.
DERIVES
On ne peut taire les récentes révélations sur les actes de corruption grave de membres de la Grande Loge Nationale de France, dans le Var, les Haut- de Seine notamment. Une étude a été récemment publiée à ce sujet. ( C ) Nombre de procédures sont en cours. Il convient donc d’en attendre les conclusions.
PARADOXE
Au XIX éme. siècle les condamnations pontificales se succèdent. Le pape Léon XIII fonde sa condamnation sur trois points : Le libre examen, la sécularisation et son organisation en « société secrète » « La religion catholique … étant la seule véritable, ne peut, sans subir la dernière des injures et des injustices, tolérer que les autres religions lui soient égalées » Le Père Riquet tente sans succès, un rapprochement. Le Concile ne traite pas de la Franc-Maçonnerie, pas plus que le nouveau Droit canonique. Un évêque, Mgr Pézeril, un organisme catholique comme « Service Incroyance et Foi » travaillent activement pour un dialogue. Ce silence du Concile et du Code, interprété comme une permission, entraîne probablement le texte de condamnation (Ratzinger) du Vatican en 1983, qui rappelle que l’adhésion à la Franc-maçonnerie est un péché. Et l’Osservatore romano, en 1985 rappelle l’incompatibilité entre l’Église et la Franc-maçonnerie. En 1994, Mgr Thomas, Évêque de Versailles, concluait une étude sur la question par ces lignes : « Il ne semble pas imprudent de conclure :
La sanction disciplinaire n’est plus automatique. Elle ne comporte plus l’excommunication ni la privation de sépulture ecclésiastique mais seulement une juste peine à déterminer par l’autorité ecclésiastique.
Le fidèle éclairé doit réfléchir sérieusement aux risques qu’il court en acceptant l’initiation à une loge maçonnique : il lui appartient, ainsi éclairé, de s’appliquer éventuellement la sanction de ne pas communier s’il a conscience d’avoir librement, consciemment, volontairement, pris une décision qui le mettait en état de rupture grave avec Dieu »
Et pourtant… et c’est la qu’est le paradoxe, le symbolisme central de la franc-maçonnerie s’inscrit dans une tradition biblique et paulinienne à la fois, celle de la création inachevée, qui fut comme « oubliée » dans l’Eglise latine, et fortement ravivée par le dernier concile et Paul VI lui-même : « Ainsi par son travail, ses activités au sein des sociétés » (…) « l’homme réalise le plan de Dieu, manifesté au commencement des temps, de dominer la terre et d’achever la création (en cela) il se cultive lui-même »
Ouvrant les travaux du synode Paul VI, le 30 septembre 1977, rappelle «la position centrale de l’homme dans la Création», son besoin grandissant de connaître «les mystères du cosmos, de la pensée et de la vie», l’importance de «sa mission transformatrice» On ne s’étonnera pas si la méditation sur le « Point Omega » de Theillard de Chardin est en bonne place dans certaines loges françaises !
SOURCES PRINCIPALES et BIBLIOGRAPHIE
A : Article « Franc-Maçonnerie » in Encyclopaedia Universalis (rédacteurs : Jacques Mitterand, (Grand Maître du Grand Orient), Serge Huttin (Ecole pratique des hautes études, Alain Guichard, professeur à la faculté des lettres de Grenoble.
B : Les Etudes, novembre 1987, « La franc-maçonnerie en France »
C : Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre, « Les frères invisibles », Albin Michel 2001
D : Golias magazine, n° 77, mars avril 2001 ; Article de C.Terras et S.Magister. (l’importance numérique de chaque obédience donnée plus haut en est extraite)
E : Jean-Pierre Bayard, Précis de Franc-Maçonnerie, Dervy 1994
F : Paul Naudon, La Franc-maçonnerie, puf, Que sais-je ? n°1064
Les dictionnaires :
Daniel Ligou (dir. De-) Dictionnaire de la Franc_maçonnerie, Puf 1987 (BM Civilisations FRA 135)
Roger Richard, Dictionnaire maçonnique, Dervy) (BM comme ci-dessus)
Le site "Pour ne pas se laisser piéger par les sectes":
http://prevensectes.com présence une abondante documentation sur la Franc-maçonnerie.
Références bibliques :
1 : Second livre de Samuel, chapitre 5 : 11, Hiram, roi de Tyr, envoya des messagers à David, avec du bois de cèdre, des charpentiers et des tailleurs de pierres, qui construisirent une maison pour David.
1 Rois 7 :13 Le roi Salomon fit venir de Tyr Hiram,
14 fils d’une veuve de la tribu de Nephthali, et d’un père Tyrien, qui travaillait sur l’airain. Hiram était rempli de sagesse, d’intelligence, et de savoir pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain. Il arriva auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages.