Diocèse de Lyon Mars 2000
Pastorale, sectes et nouvelles croyances
L’Orient a toujours été et demeure un lieu religieux source. Le Judaïsme et le Christianisme sont nés en Palestine, l’Islam en Arabie pour ne parler que des grands courants religieux actuels. Au 3e siècle, en Perse, l’actuel Iran est apparu et s’est développé le Mazdéisme ou Manichéisme, religion à part entière, dont on sait l’influence sur les divers courants de pensée au cours de l’histoire.
Et voici qu’en plein XIXe siècle, dans ce pays dominé par l’Islam chiite, naît et prend son essor, malgré les persécutions, un nouveau courant religieux : la FOl UNIVERSELLE BAHA’IE.
Le touriste qui flâne dans le Vieux Lyon entre Saint-Georges et Saint-Paul remarquera, à l’angle de la rue Lainerie et de la place Saint-paul, une vitrine où s’exposent des textes, des schémas, des photos et une invitation à venir aux jours de permanences. C’est le Centre Baha’i qui a pignon sur rue, 1 place Saint-Paul.
En novembre 1995, au Novotel de Bron, ce mouvement tenait son congrès national qui préparait pour fin 1998 le centième anniversaire de son implantation en France. Oui sont donc ces Baha’is peu connus mais bien présents parmi nous ?
Tout commence en Iran en 1844. Un jeune musulman chiite,commerçant à Shiraz. Ali Mohamed, qu’on appellera le Bab c’est-à-dire la porte, se présente comme celui qui annonce et prépare la venue prochaine du “Grand éducateur universel” qui “unira le genre humain et inaugurera l’ère nouvelle de la paix universelle”. Il rallie de nombreux adeptes appelés les Babis mais déclenche de la part du clergé islamique une violente persécution. Le Bab est fusillé à Tabriz le 9 juillet 1850 à l’âge de 31 ans et 20 000 babis l’accompagnent dans la mort.
D’autres sont jetés en prison et parmi eux, le futur Baha’u’llah
Il s’appelle Mirza Husayn Ali mais prendra le nom de Baha’u’llah, ce qui veut dire “la gloire de Dieu”. Au cours de sa longue et pénible captivité, il va élaborer une religion nouvelle issue de l’enseignement du Bab mais aussi du Coran, de la Bible et surtout de l’Evangile. Babi dès 1844, il connaîtra toute sa vie la prison ou l’exil d’abord en Irak à Bagdad, puis à Istanbul et enfin en Palestine dans la prison de Saint-Jean d’Acre (AKKA), C’est à Bagdad que le 21 avril 1863 (date fondatrice) Baha’u’llah proclame à ses disciples qu’il est le “promis” annoncé par le Bab mais aussi par les prophètes bibliques, qu’il est “celui que Dieu devait manifester”. La communauté babie devient le peuple de Baha ou les Baha’is
De ses prisons, il va réconforter ses compagnons, organiser son mouvement, préciser son message qu’il va faire connaître, en leur écrivant, aux souverains de l’époque : Napoléon III, la reine Victoria, François-Joseph, Guillaume 1er, le président américain et le pape Pie IX,
Transféré à la Bahji à côté de Saint-Jean d’Acre, Baha’u’llah meurt en 1892 après 40 ans de prison et de bannissement. La foi Bahi’e est alors implantée en Irak, en Turquie, en Egypte et en Inde. Son expansion universelle sera l’oeuvre de ses successeurs
Abdu’l Baha, son fils, passe la première partie de sa vie en prison dont il ne sort qu’en 1908. Avec détermination, mais aussi avec un dévouement et une bonté qui touchent les creurs, il va voyager et donner à son mouvement une dimension internationale. Dès 1911, il est à Londres et à Paris. L’année suivante à New York, Budapest, Vienne, en Allemagne puis en Egypte. En 1913, il rentre à Haïfa où il meurt en 1921.
Shogi Effenoi, petit-fils de Aoou’l Baha qu’il a désigné comme successeur structure la communauté et contribue activement à répandre la foi baha’ie au monde entier. A sa mort, en 1957, trois cent pays abritent des communautés baha’ies.
Depuis 1963, la foi Baha’ie est guidée par la Maison universelle de Justice, corps international élu, qui siège à Haïfai.
Aujourd’hui, sur les pentes du Mont Carmel, un splendide mausolée dominant Haïfa abrite les restes du Bab et d’Ababdu’l Bah A’, Baha’u’llah, lui, repose dans un mausolée à Bahji à 2kms de Saint-Jean d’Acre, au lieu même de sa dernière captivité. Pour les Baha’is, c’est l’endroit sacré par excellence.
Unicité de Dieu. Unicité des religions. Unité du genre humain, ainsi peut se résumer la doctrine baha’ie.
Le programme moral et social des baha’is l’emporte sur l’aspect religieux proprement dit. C’est lui qui attire et séduit.
• Sur le plan individuel, le baha’isme prêche la tolérance, la fraternité, la justice, l’attention aux pauvres et aux souffrants, la non-violence. Dans un poème Baha’u’llah écrit : “Sois une lampe pour ceux qui marchent dans les ténèbres, une consolation pour les affligés... sois un foyer pour l’étranger, une forteresse pour les fugitifs”.
• Sur le plan collectif, les baha’is sont guidés par un principe majeur : “La terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens” ou de façon plus imagée “Vous êtes tous les fruits d’un seul arbre, les feuilles d’une seule branche, les fleurs d’un seul jardin, les gouttes d’un seul océan”. Aussi luttent-ils contre le nationalisme, contre toute exclusion ou forme de racisme, contre la violence et encouragent-ils fédéralisme et mondialisme. Dans un contexte difficile, dès les origines en Iran même, ils ont lutté pour la promotion de la femme. La foi baha’ie préconise un engagement social pour promouvoir un corps législatif et un pouvoir exécutif mondial, un tribunal international, avec une capitale unique et une langue commune...
Dieu est unique et inconnaissable. Il se révèle aux hommes par le Verbe de Dieu qui s’incarne périodiquement sous des formes diverses au cours de l’Histoire. A chaque époque, un maître spirituel est porteur du message divin pour le temps qui est le sien. Ainsi en a t-il été pour Abraham, Moïse, Bouddha, Jésus ou Mahomet. La foi baha’ie est “l’une de ces révélations périodiques. son but étant de compléter les messages de toutes les religions mondiales antérieures et d’instaurer sur terre une civilisation idéale et universelle”.
Chaque religion prépare la suivante et disparaît à son tour. “L’enseignement de Moise fut le bouton, celui du Christ, la fleur, l’enseignement de Baha est le fruit... les follioles du bouton doivent tomber afin que la fleur s’épanouisse et les pétales de la fleur doivent tomber à leur tour pour que le fruit se forme et mûrisse”.
La présence des baha’is à la rencontre interreligieuse d’Assise en octobre 86 est l’un des signes de leur volonté de concourir activement à l’unité des religions.
C’est Baha’u’llah qui est l’ultime et définitif messager de Dieu. C’est lui que les prophètes d’Israël ont promis et lorsque le Christ annonce son retour, c’est de Baha’u’llah qu’il s’agit.
Cela n’empêche pas les baha’is de reconnaître la divinité de Jésus-Christ et sa qualité de Fils de Dieu, mais ils réclament des chrétiens la connaissance du même statut pour Baha’u’llah comme pour tous les messagers de Dieu en qui le Verbe de Dieu s’est incamé aux diverses périodes de l’histoire.
La foi baha’ie a ses fêtes propres: naissance et martyre du Bab, de Baha’u’llah et de Abdu’l Baha, fête du nouvel an... le 29 mars, ainsi que le 21 avril, date anniversaire de la révélation de Baha’u’llah comme Messie Seigneur.
Elle a aussi un calendrier tout à fait original :
L’an un de l’ère baha’ie est celui où le Bab s’est révélé. Il correspond à l’an 1844 de l’ère chrétienne et 1260 de l’ère musulmane. L’année comporte 19 mois de 19 jours chacun avec des jours intercalaires et commence avec l’équinoxe de printemps
Il n’y a pas de liturgie particulière pour les grandes étapes de la vie à part le mariage et les funérailles
Les bahals ont leurs temples dont Abdul’l Baha minutieusement décrit l’architecture à Wilmette près de Chicago, à Kampala en Ouganda, à Francfort, à Panama. D’autres sont en construction. Les temples sont des maIsons d’adoration ouvertes à tous, baha’is ou non, lieux de prière et de méditation manifestant la fol en l’unicité de Dieu et en l’unité du genre humain
Trois fois le jour, le baha’i est invité à prier tourné vers Haifa. Tous les 19 jours réunion de prières, de lectures de textes du fondateur et d’échanges sur la vie du mouvement. C’est la “fête des 19 jours” ouverte aux seuls baha’is. Il n’ya pas pour eux un livre source comme la Bible ou le Coran mais des écrits épars dans des publications diverses La foi baha’ie religion sans dogmes est aussi une religion sans prêtres.
La communauté baha’ie est dotée d’institutions trés démocratiques Ses membres sont groupés en “assemblées spirituelles locales”, elles mêmes réunies en “assemblées spirituelles nationales”. Le comité directeur de chaque assemblée est élu par le suffrage de ses membres A sa tête, au niveau international se trouve la “Maison universelle de justice” composée de neuf baha’is élus tous les cinq ans par les “assemblées spirituelles nationales”, siégeant à Haïfa.
La foi baha’ie compte plus de 6 millions d’adeptes Elle est implantée dans tous les continents et dans plus de 200 territoires, mais son essaimage est inégal. Sur 103.000 communautés locales. 50.000 sont implantées en Asie, 26.000 en Afrique, 13.500 en Amérique latine, 11.000 en Amérique du Nom et 2.500 en Europe.
En France, des centres baha’is existent à Paris, Marseille, Nice, Nantes, Strasbourg. A Lyon, c’est en 1930 qu’apparaissent les premiers adeptes, mais il faudra attendre les années 70 pour que s’ouvre le centre d’activités baha’i. Pour l’agglomération lyonnaise, on compte une quarantaine de fidèles, surtout à Lyon et à Villeurbanne.
Mais le rayonnement du baha’isme va au delà du nombre des adeptes. L’engagement de ses membres dans les mouvements fédéralistes et internationaux assure une influence impor1ante de la pensée unificatrice du mouvement. L’O.N.U a reconnu comme O.N.G la communauté internationale baha’ie.
Très tôt, dès l’époque du BAB, des penseurs et des écrivains occidentaux ont été séduits par la pensée et l’action des baha’is et ont fait connaître cette nouvelle voie religieuse. On peut noter pour le XIXe siècle l’orientaliste anglais Brown, Ernest Renan, Gobineau et Catulle-Mendes et au XXe siècle Romain Rolland, Guillaume Appolinaire et le philosophe Henri Bergson.
Evaluation Les bahai’is sont extrêmement sympathiques, ouverts, tolérants et dépourvus de tout sectalisme. C’est surtout leur pensée et leur action dans le domaine social et politique qui sont appréciées. Leur volonté d’abolir toute frontière, qu’elle soit géographique, culturelle ou religieuse séduit nos contemporains. La foi baha’ie a vocation à l’universel.
Bien qu’ils s’en défendent, on peut noter le caractère syncrétiste de leur doctrine et leur volonté d’absorber en les intégrant les grands courants religieux traditionnels.
.BAHA ‘U’LLAH et l’ere nouvelle par JE Esslemont. Maison d’Editions baha’ies Ouvrage deJà ancien (1931) mais très documenté dont l’auteur est lui même baha’,
- Le livre de la certItude par Baha’u’llah. P.U. F
Essai sur le baha’sme par Hippolyte Dreyfus P.U.F.
Les leçons de St Jean d’Acre par Abdu’l Baha. P.U.F.
Pastorale, sectes et nouvelles croyances
6 avenue A Max -69321 Lyon Cedex 05
Sous une forme poétique, Baha’u”llah exprime sa spiritualité et son appel à un comportement peu éloigné de l’Evangile.
Sois généreux dans la prospérité ,
et dans l’adversité ne cesse de rendre grâce
Mérite la confiance de ton voisin,
et ne lui montre jamais qu’un visage amical et souriant
Sois le trésor du pauvre .
admoneste le riche ,
réponds à la plainte du nécessiteux .
et garde la sainteté de tes promesses
Sois équitable en ton jugement.
et réservé dans tes paroles
Ne sois injuste envers personne
et montre à tous une douceur parfaite
Sois une lampe pour ceux qui marchent dans les ténèbres,
une consolation pour les affligés,
une mer pour ceux qui ont soif,
un refuge pour ceux qui sont dans la détresse,
un soutien et un défenseur des victimes de l’oppression,
Sois un foyer pour l’étranger,
un baume pour ceux qui souffrent,
une forteresse pour les fugitifs,
des yeux pour les aveugles,
un phare pour les égarés.
Sois une parure pour le visage de la vérité,
une couronne sur le front de la fidélité ,
un pilier du temple de la rectitude,
un souffle de vie pour le corps de l’humanité,
un drapeau des armées de la justice.
Sois une arche sur l’océan de la connaissance,
un soleil dans le ciel de la bonté.
une gemme au diadème de la sagesse ,
une lumière qui brille au firmament de ta génération,
un fruit de l’arbre d’humilité.
| Partie précédente | Partie actuelle | Page suivante |