Diocèse de Lyon septembre 2000

Pastorale, sectes et nouvelles croyances



L’Anthroposophie - Rudolph Steiner



Comme son nom l’indique, l’anthroposophie prétend être une sagesse humaine à laquelle tout être humain peut accéder s’il suit la “voie” spirituelle de R. Steiner, son fondateur.


“Par antroposophie, écrit-il, j’entends une investigation scientifique du monde spirituel qui perce à jour les insuffisances et le caractère partiel aussi bien de la science que de la mystique courante.

C’est une méthode qui, avant de tenter l’accès des mondes supérieurs, développe tout d’abord les forces psychiques, non encore employées dans le quotidien ou dans la recherche scientifique courante, capables d’appréhender le suprasensible” (1).


La méthode de recherche, les fruits de ces investigations (“science spirituelle”) et les applications nombreuses (qui vont de la philosophie aux arts et à l’architecture, en passant par la médecine, la pédagogie, la pharmacie, l’agriculture et la diététique) font de l’anthroposophie un mouvement culturel englobant. Il veut transformer le monde et l’humanité en profondeur sous l’impulsion du Christ cosmique.


(1) cf. “Qu’est-ce que l’anthroposophie ?” par O. Fränkl-Lundborg (éd. Triades) p. 11


La réincorporation


Steiner développe une conception du Karma et de la réincarnation qui se distancie du monde hindouiste : la “réincorporation” est comprise comme chance nouvelle donnée à l’homme de réaliser son individualité propre. Le moi personnel ne se réalise pleinement, n’atteint sa perfection que dans les incarnations successives de l’esprit humain qui participe à la nature divine et finit par coïncider avec le divin cosmique dont le Christ constitue la représentation non pas unique mais la plus parfaite.


Selon la conception anthroposophique, l’homme est composé de corps, d’âme et d’esprit. Dans le corps lui-même, on distingue le corps physique, le corps éthéré et le corps astral. Par son “moi”, point central de son être, l’homme appartient au monde spirituel. Dans le sommeil, le Moi et le corps astral regagnent leur monde originel suprasensible et se régénèrent dans le monde d’où ils sont originaires.


A la mort, le “moi” et le corps astral se séparent du corps physique et du corps éthérique pour être accueillis dans le monde spirituel par les forces supérieures (dieux, anges, archanges, hommes parvenus à la perfection) qui promeuvent le progrès spirituel. Ce n’est que dans la confrontation avec le monde physique que l’homme a pu croître, mais il a failli s’engluer dans le monde physique et matériel à cause de l’influence néfaste de Lucifer et d’Arhiman (1). Mêlé à la sagesse cosmique, l’esprit humain est à nouveau attiré par la terre. Le Moi s’entoure alors d’un nouveau corps astral. Des êtres spirituels en mission divine le portent vers les parents qui lui procureront un corps physique et il pénètre par la naissance dans une nouvelle vie terrestre.

L’anthroposophie affirme que le christianisme constitue le degré le plus élevé que la conscience humaine ait atteint jusqu’à présent, mais elle considère que l’évolution amènera le remplacement du christianisme “exotérique” actuel par un nouveau christianisme “ésotérique” inauguré et préfiguré par elle. La foi sera remplacée par un “savoir” qui est vision, imagination, inspiration et intuition. La Bible sera complétée et corrigée par des révélations permanentes, notamment celle de la chronique d’Akasha qui se déroule et s’inscrit dans “l’éther des mondes” (weltenäther) où s’inscrit l’histoire universelle de la terre et des hommes. C’est à cette source que le “chrétien ésotérique” ou “vrai spirituel” (ce que prétend être chaque anthroposophe) doit puiser la “connaissance” dès lors qu’il n’a pas succombé aux “tentations” de Lucifer et d’Ahriman.

Pratiques (1)


La prétention de l’anthroposophie de constituer une vision du monde qui englobe toutes les réalités (humaines, cosmiques, divines) l’amène à être attentive avec une certaine originalité à la pédagogie et à la médecine, développant de réelles alternatives aux points de vue officiels.


L’esprit anthroposophique animes les écoles de Waldorf (Waldorfschulen). On y enseigne la réincarnation, la déroulement cyclique de la vie humaine par tranches de sept ans, l’histoire telle qu’elle a été comprise et interprétée par R. Steiner. Le Goetheanum de Dornach en Suisse, “université libre de science spirituelle” mène ses recherches dans le domaine des forces spirituelles de l’humanité. En 1999, la France compte une vingtaine de lieux d’enseignement se réclamant de la pédagogie Steiner, scolarisant 2000 enfants. Le président de la commission parlementaire sur les sectes (juin 99) a déclaré cette pédagogie “discutable mais intéressante” (cf. La Croix 22.02.2000 et 23.03.2000).


Quant à la médecine anthroposophique, elle considère que les trois éléments suprasensibles agissent sur le corps physique. La maladie est due à une disharmonie. Guérir c’est remettre de l’ordre dans la collaboration des quatre “corps” constituant l’être humain. Les remèdes viennent de pures substances naturelles selon des procédés qui respectent et même exaltent les vertus thérapeutiques de ces substances.

R. Steiner accorde beaucoup d’importance à la fonction équilibrante du système rythmique. L’eurythmie est une autre originalité anthroposophique. Forme spéciale de mouvement, elle constitue une nouvelle et autonome forme artistique, utilisée comme moyen pédagogique et médicinal.


L’agriculture biodynamique part du postulat que l’esprit humain et l’ensemble du monde des esprits peuvent influencer le développement des plantes et le comportement des animaux.



Spring Valley


Communauté de 300 membres au Nord-Ouest de New York. Fondée en 1926, elle est un les centres (il y en a 100) bâtis sur les enseignements de R. Steiner. On y vit une synthèse des proches pratiques et spirituelles du jardinage biologique, reliant l’écologie de “l’organe-terre” celle du cosmos entier. Cette agriculture biodynamique est pratiquée en plus de 1500 fermes biodynamisantes dans le monde.

On y évite les fertilisants et insecticides chimiques. On favorise la relation spirituelle du jardinier avec la terre. Il apprend à cultiver les énergies formatrices cosmiques qui s’écoulent vers la terre en provenance du soleil. Il étudie de façon méditative les relations entre plantes, animaux et êtres humains du lieu.


“L’azote est porteur de l’esprit astral.

Il guide la vie et l’essence de l’esprit.

L’azote est essentiel à la vie de l’âme”



Implantations - Ramifications


A côté des activités de la Société anthroposophique se situe une activité religieuse, celle de la Christengemeinschaft, Communauté des Chrétiens, fondèe par le pasteur luthérien Friedrich Rittelmeyer à Dornach en 1922. Limitée d’abord à l’Allemagne où son centre était Stuttgart, elle s’est étendue à divers pays d’Europe et d’Amérique. En France, des groupes locaux existent dans de nombreuses villes. Le siège de la Société est à Paris, 2 rue de la Grande Chaumière, 75006.


La fédération des Ecoles Steiner est à Chatou (Yvelines) 5 rue G. Clémenceau. Les principales sont à Chatou, Colmar, Lyon, Méru (Oise), Moulins, Pau, Strasbourg, Troyes, Verrières le Buisson (Essonne). Celles de Genève, Lausanne, Neufchatel, Bruxelles et de Montréal sont très anciennes. A Aix en Provence, Avignon, Mulhouse, Paris et Tours, ce sont des jardins d’enfants. Des instituts pour enfants, adolescents et adultes handicapés selon la pédagogie curative de Steiner se trouvent à Bourbon l’Archambault (Allier), à Chatou, Saint-Julien du Sault (Yonne) et en Suisse romande. Il existe deux écoles d’eurythmie à Chatou et à Lausanne.


Plusieurs périodiques diffusent la pensée de l’anthroposophie :

- “L’esprit du temps” (trimestriel) – “Tournant” (mensuel) – “Biodynamis” (trimestriel) – Demeter-Information (abonnements) – “Revue Weleda” (trimestriel).


L’institut Kepler pour l’élargissement des sciences expérimentales de Saint-Genis Laval qui organise stages, séminaires, week-ends est d’obédience anthroposophique. Il en est de même de l’I.D.O. (Institut pour le développement Organisationnel) à Chantilly, dont la mission est de fournir assistance pour le développement pour hommes et organisations.

Evaluation


“Respect et distance” : c’est ainsi que Jean Vernette, responsable auprès de l’épiscopat pour les sectes et nouveaux mouvements religieux, se situe par rapport à l’anthroposophie.


Le respect : Il se manifeste à l’encontre d’une “gnose intelligente” juge Jean Vernette, “qui chercher à favoriser le développement spirituel pour parvenir à un monde supra sensible, en contact avec les hautes réalités de l’esprit”. Cela dans une conception du monde où règne l’harmonie entre l’homme et son environnement (cosmos).


La distance : Elle se marque pour le visage que l’anthroposophie donne de Jésus, visage qui n’est, explique Jean Vernette, “ni celui de l’histoire ni celui de la foi chrétienne”.


En effet, pour Rudolf Steiner, le monde est dirigé par une énergie “christique”. Toutes les religions s’expliqueraient ainsi à partir du mouvement progressif de développement du Christ. L’événement du Golgotha serait alors la descente du Christ – être solaire – au plus bas de la matière, en même temps que le point d’impulsion pour la remontée de l’humanité et du cosmos vers leur origine : le monde spirituel. “Il y a là une divergence radicale avec l’Eglise” note Jean Vernette : l’anthroposophie fait du christianisme un accomplissement des anciens cultes mystiques, et l’Evangile se trouve “introduit de force dans une construction qui lui est tout à fait étrangère”.


Les applications pratiques de cette philosophie, en revanche, sont tout à fait novatrices dans bien des domaines. Rudolph Steiner s’est passionné pour l’agriculture “biodynamique”, faisant preuve, explique le sociologue Frédéric Lenoir, d’un “esprit pionnier remarquable dont s’inspire aujourd’hui l’agriculture bio”. De même pour la médecine, la philosophie de Steiner inspirant des thérapies qui prennent en compte l’homme total, non seulement corps et esprit, mais âme, relations et environnement”.


(Article d’Isabelle de Gaulmyn, La Croix du 15 décembre 1999)

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