Millénarisme - An 2000 et Jubilé
Le millénarisme ne constitue pas un groupe défini, sectaire ou non, mais un courant qui, comme la gnose et le fondamentalisme, apparaît souvent comme une composante des sectes ou des groupes du nouvel âge et parfois même de notre propre expression religieuse. La proximité immédiate de l’an 2000, même si elle n’a aucun rapport avec le millénarisme, rend nécessaire à son sujet une réflexion qui débouchera tout naturellement sur le Jubilé.
I - Le Millénarisme Apocalyptique
Le point de départ
Dans la tradition chrétienne, le millénarisme désigne la croyance selon laquelle le Christ reviendra sur terre pour régner glorieusement pendant mille ans avec les justes ressuscités. A ce “millenium” succéderont la résurrection et le jugement dernier puis la fin du monde et l’établissement du règne de Dieu. Cette croyance s’appuie sur Apocalypse, ch. 20, v. 1 à 10 interprété littéralement;
Ce millénarisme chrétien a des racines juives. Dès le Ile siècle avant Jésus-Christ, l’apocalyptique juive spécule sur l’échéance de la venue du Messie qui va de 40 à 1000 ans. Ce dernier chiffre fait référence au psaume 90 v. 4 “Oui, mille ans à tes yeux sont comme hier; un jour qui s’en va, comme une heure dans la nuit’’.
Des pères millénaristes !
Cette parole de l’Apocalypse va germer dans les esprits et, dès le Ile siècle, inspirer paroles et écrits. La perspective de ce paradis terrestre va fortifier le courage des chrétiens persécutés en stimulant leur espérance. Papias, ami de Polycarpe et comme lui, disciple de Jean, affirme que mille ans s’écouleront après la résurrection des morts et que le royaume du Christ se réalisera historiquement sur terre. Irénée, dans l’Adversus Hoereses, fait siennes ces idées. Justin mentionne ce thème comme un élément de la croyance chrétienne et il reprend l’équivalence entre “un jour” et “mille ans”.
Origène va réagir dès le début du Ille siècle en recourant à une lecture allégorique de l’Apocalypse et échappe au piège du littéralisme. Pour Augustin, très marqué par la chute de Rome, les 1000 ans de règne du Christ désignent le temps de l’Eglise mais il avoue avoir été tenté Iui- même par le millénarisme. Ce dernier s’éteint à partir du Se siècle à l’époque où l’Eglise s’installe dans la durée.
Des spirituels
Le millénarisme réapparaît dans les temps de crise et de peurs. Joachim de Flore au 12e siècle, tout en refusant l’interprétation littérale d’Apocalypse 20 v. 1-10, maintient qu’un temps de paix et de liberté interviendra entre la venue de l’Antéchrist et l’attaque finale de Gog et Magog.
L’influence de Joachim de Flore est certaine et sa postérité nombreuse. On peut citer certains disciples de François d’Assise et le mouvement mystique et contestataire des “fratelli” aux Xllle et XIVe siècle, le communisme évangélique de Münzer, leader de la révolte des paysans allemands du temps de Luther (XVIe siècle).
Un millénarisme économique et politique
On retrouve curieusement le millénarisme sécularisé dans les socialismes utopiques du XIXe siècle avec le mythe de l’âge d’or, tel celui de Saint-Simon en référence explicite avec Joachim de Flore.
Plus étonnant encore : on retrouve le millénarisme laïcisé cette fois, dans le communisme marxiste convaincu de réaliser un jour le paradis sur terre avec le mythe du “grand soir”.
Et n’est-il pas stupéfiant qu’Adolphe Hitler, en prenant le pouvoir en 1933 ait déclaré qu’il fondait le Ille Reich... pour mille ans ?
La nouvelle religiosité
Dans l’efflorescence quasi continue des sectes, groupes du nouvel-âge et nouvelles croyances, peu de groupes échappent à la tentation du millénarisme. Presque toujours, ce millénarisme s’accompagne de catastrophisme, le règne du Christ ne pouvant se réaliser que dans les décombres de l’ancien monde ravagé par l’Antéchrist. On pourrait citer bien des groupes mais chacun a en mémoire les propos des Témoins de Jéhovah, pour ne citer qu’eux, annonçant la catastrophe imminente, la fin du monde et le paradis sur terre pour les justes.
On remarquera à ce propos une double déviance. celle du paradis sur terre comme temps intermédiaire entre le temps présent et l’éternité, mais aussi la détestable association d’idées entre l’apocalypse qui est la révélation du projet réalisé du Christ sauveur des hommes et le catastrophisme dont l’apocalypse est devenue -hélas -le synonyme dans le langage commun alors qu’au contraire, elle se veut porteuse d’espérance et de joie.
Qu’en pense l’Eglise ?
Pour l’Eglise Catholique, malgré Irénée et conformément à Augustin, “le Royaume ne s’accomplira pas par un triomphe historique de l’Eglise selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaÎnement ultime du mal Ce triomphe de Dieu prendra la tonne du Jugement dernier” (Catéchisme de rEglise Catholique §677).
Aussi l’Eglise condamne-t-elle la prétention d’accomplir dans l’Histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au delà d’elle et à travers le jugement final.
Mais elle est plus nuancée par rapport au millénarisme mitigé. En 1944, à la question “Que faut-il penser du millénarisme mitigé qui enseigne qu’avant le jugement dernier précédé ou non par la résurrection des justes, le Christ viendra visiblement sur notre terre pour y régner?”, l’autorité romaine répondit: “Le système du millénarisme mitigé ne peut être enseigné de façon sûre” Oz 3839. Ce “non, mais...” réconciliait tardivement à Rome Irénée et Augustin !
Il y a donc bien des croyances possibles en ce domaine mais cette croyance là (le millénarisme) est imaginaire car elle rêve d’un univers qui ne peut exister ou alors, c’est “la terre nouvelle” de la fin des temps.
Par delà toute effervescence apocalyptique. le chrétien est convié à l’espérance, certitude paisible et sereine du Royaume à venir et pourtant déjà là. C’est à chacun et aux communautés à en repérer les signes et à les susciter.
II- L’an 2000 et ses peurs éventuelles
Les chiffres ronds ont toujours exercé une fascination cel1aine sur l’imagination des hommes. On a beaucoup parlé des “terreurs de l’an mil” alors Que les historiens n’en ont pas relevé de traces.
Mais, surtout, le chiffre 2000 ne signifie et n’annonce rien. Il est censé désigner le nombre d’années écoulées depuis la naissance du Christ. Or ce chiffre est faux comme chacun sait. Au VIe siècle, le moine Denis le Petit chargé de ce calcul s’est trompé de quelques années. Il a situé le départ de l’ère chrétienne en l’année 754 de la fondation de Rome. Mais cette date n’est pas celle de la naissance du Christ. Hérode dont il est question dans les évangiles de l’enfance était mort en 754 et les historiens considèrent que la naissance de Jésus se situe entre l’an 4 et l’an 8 avant notre ère. Ainsi Jésus serait né en 4, 6 ou 8... avant Jésus- Christ ! et serait mort un peu plus âgé qu’on ne le dit souvent. Quant à nous, il n’y a aucune crainte à éprouver à l’approche de l’an 2000, car il n’est pas devant mais derrière nous. Nous vivons en 2004, 5 ou 7, on ne le saura jamais précisément, mais ce qui est certain c’est que nous avons déjà vécu l’an 2000 depuis quelque temps déjà et, semble-t-il, sans catastrophe majeure !
Enfin, ce chiffre de 2000, même s’il est devenu international, est propre aux chrétiens. Ils sont les seuls à se référer à l’événement fondateur qu’est la naissance du Christ, même si, au cours des siècles, ils l’ont imposé à l’ensemble de la société. Si le chrétien pense être en l’an 2000, pour le juif, c’est 5761 et le musulman 1420 selon que le temps est censé commencer à la création d’Adam ou à l’exode de Mahomet à Médine. Il en est de même pour les chinois ou pour les coptes.
On constate le caractère relatif de ces chiffres et de bien d’autres établis à partir d’un acte fondateur réel ou symbolique. Ainsi, en aucune façon, ce chiffre de 2000 ne s’impose et la peur de l’an 2000, à supposer qu’elle existe, n’a rien à voir avec le millénarisme.
III - Le Jubilé
En fêtant le “Jubilé de l’an 2000”, l’Eglise Catholique ne cède pas à la mode millénariste, mais s’inscrit dans l’antique tradition qui trouve sa source en Israël. Le Chapitre 25 du livre du Lévitique décrit en détail ce que doit être une année jubilaire et l’enracine dans la relation d’Alliance qui unit Dieu à son peuple.
Parce que Dieu s’est reposé de l’oeuvre qu’il avait faite au septième jour de la création, la terre cultivée, la septième année, sera laissée en jachère, elle aura droit à son repos sabbatique. Parce que Dieu a libéré son Peuple de l’esclavage d’Egypte, les esclaves seront rendus à la liberté en l’année sabbatique. Parce que Dieu pardonne et remet les dettes de son Peuple, en l’année jubilaire, les dettes seront remises.
Plus qu’une commémoration, la fête du Jubilé est une exigence concrète de marcher dans les voies du Seigneur. Et parce que le Dieu d’Israël se révèle comme le Dieu de l’Histoire Sainte, la célébration de l’année jubilaire rythme l’histoire du Peuple de Dieu en lui rappelant très concrètement que sa foi en Yahvé doit se traduire par des conduites sociales de justice et de partage.
Pour les chrétiens, la pratique du Jubilé a été remise en honneur au début du XIVe siècle et a connu depuis des fortunes diverses. Mais l’essentiel demeure : en fêtant les années jubilaires et tout particulièrement en fêtant, symboliquement, le 2000e anniversaire de la naissance du Christ Jésus, l’Eglise se souvient de ce qui fait son originalité : sa foi en l’incarnation. En Jésus, Dieu est allé jusqu’au bout de la logique de l’Alliance. Pour parler comme saint Irénée, “II s’est fait ce que nous sommes pour que nous devenions ce qu’Il est”. Cette conviction devait suffire à nous libérer de toutes nos peurs et de toute soumission à la fascination des chiffres. L’humanité n’est pas le jouet d’une divinité elle- même soumise à la magie des nombres, elle est invitée à devenir partenaire de la liberté créatrice d’un Dieu d’amour qui n’a pas hésité à s’engager avec elle sur les chemins incertains de l’histoire.
Les équipes diocésaines “Pastorale, et Sectes”
et du “Jubilé 2000”
Pastorale, sectes et nouvelles croyances
6 avenue A. Max- 69321 Lyon Cedex 05
Ces notices qui paraissent cinq fois par an n’ont pas la prétention d’épuiser les sujets traités mais visent à donner une information succincte et précise sur des groupes à caractère religieux, sectaires ou non, nouveaux dans notre région.
Pour une connaissance plus approfondie du paysage religieux actuel et plus précisément de la nouvelle religiosité, on doit recourir à des ouvrages plus complets. En voici quelques-uns que l’on peut trouver aisément en bibliothèque ou en librairie
Généralistes
Un ouvrage très documenté intitulé : “Dictionnaire des groupes religieux aujourd’hui” de Jean Vernette et Claire Moncelon (P.U.F.).
Et deux documents contradictoires, le rapport parlementaire de janvier 1996 “Les sectes en France” (Gest. Guyard) et “Pour en finir avec les sectes” du RCESNUR. Cet organisme composé de sociologues et d’historiens des religions procède à une critique décapante jusqu’à l’excès du rapport parlementaire. La lecture attentive de ces deux ouvrages antagonistes montrent à l’évidence la complexité des problèmes, la valeur et les limites de la lutte anti-sectes ainsi que les rapports difficiles à ce sujet entre sociologues, magistrats, politiques et défenseurs du spirituel. ..
Sectes
Sectes ? Que dire ? Que faire ? Jean Vernette - Salvator
Les sectes Jean Vernette - P.UF. (Que sais-je ?)
Des sectes à notre porte Jean Vernette, Yves Gebon -Le Chalet
Les sectes et vous J.F. Meyer. Ed Saint-Paul
Jésus au péril des sectes Jean Vernette - Desclée
Le cortège des fous de Dieu Richard Bergeron - Ed Paulines
Vingt lettres aux chrétiens sur les sectes FadieY Lovsxy - Desclée
Sectes - Les manipulations mentales M. Bouderlique - Chronique Sociale
Comprendre l’action des sectes M. Bouderlique - Chronique Sociale Sectes, Mensonges et Idéaux N. Luca, F. Lenoir - Bayard Editions
Nouvel Age
Le Nouvel Age Jean Vernette - Téqui
Le New Age Jean Vernette - P.U.F. (Que sais-je ?)
L’idéologie du New Age Michel Lacroix - Flammarion (Dominos)
Le New Age Bernard Bastian - O.E.I.L.
Nouvel Age et foi chrétienne Kurt Koch - Pneumathèque
Réincarnation
C’est un courant de pensée qui parcourt le Nouvel Age, les sectes et va bien au delà.
La réincarnation oui ou non ? Pascal Thomas - Le Centurion
Réincarnation, Résurrection Pascal Thomas - Pion Marne
Renaissance, réincarnation, résurrection P. Thomas - Droguet et Ardant
La réincarnation Pascal Thomas - Bayard Centurion
Réincarnation, Résurrection Jean Vernette - Salvator
La réincarnation Jean Vernette - PUF (Que sais-je ?)
La Résurrection et la Vie Bernard Sesboué - Desclée de Brouwer
Deux témoignages
L’un sur une secte, l’Ordre du Temple solaire, par un rescapé :
Le 54e Thierry Huguenin -Fixot
L’autre sur le nouvel age: récits de nombreux stages “new age” vécus par un journaliste perspicace “La France des mutants - Voyage au cœur du Nouvel Age” Jean-Luc Porquet - Flammarion
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